La Loi concernant la Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905
est-elle une loi laïque ?

Répondre à cette question est tout à fait simple, bien qu’on ne trouve nulle part explicité ce dont il s’agit, même après une longue querelle d’experts avec nombre de noms
connus : Henri Pena-Ruiz, Alain Finkielkraut, Jean Baubérot, Régis Debray, Guy Cocq, Odon
Valett, etc.
http://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9
La séparation est un terme sans aucune équivoque possible, à la différence du terme laïque qui est une notion équivoque avec deux sens contraires.
En effet, la Loi de
1905 concernant la Séparation des Eglises et de l'Etat, c'est l'intitulé exacte
de la loi, et non loi de Séparation des Eglises et de l'Etat, car cette Séparation pourrait être améliorée, ne comporte pas du tout le mot laïcité,
mot qui a été clairement défini quelques décénnies auparavant dans le supplément du dictionnaire de Emile Littré de 1863 faisant référence, des années avant la Commune de Paris, le terme laïque étant à l'origine liée à la religion et non à l'émancipation vis à
vis d'elle.
Le terme de laïcité a été redéfini quelques années après la Loi de 1905 en tant que néologisme forgé par Ferdinand Buisson,
protestant libéral, dans son Nouveau Dictionnaire de Pédagogie et d'instruction primaire de 1911, dont on remarquera qu'il contient aussi un article consacré à la prière, se
voulant distordre le sens du mot laïque en cherchant à recouvrir l'évidence donnée par le supplément du Littré, et surtout de subvertir la Séparation elle-même au sens de la Loi de 1905
dont le fond tient dans ses 2 premiers articles.
Ainsi donc commence l'article laïcité de Ferdinand Buisson :
"Laïcité : ce mot est nouveau, et, quoique correctement formé, il n'est pas encore d'un usage général. Cependant le néologisme est nécessaire, aucun autre terme ne permettant d'exprimer sans périphrase la même idée dans son ampleur".
Non... le mot n'était pas nouveau, de la même racine grecque λαϊκός, laikos ou laos qui signifie peuple par rapport à la religion, laïcité renvoyant à ce qui est laïque, mais correctement formé oui, d'un usage général, déjà depuis bien longtemps; ensuite néologisme de quoi ? Nécessaire pourquoi ? Périphrase de quoi ? De quelle idée et de quelle ampleur s'agit-il au fond ?
Précisément, le Supplément du dictionnaire de Emile Littré de 1863 nous dit ce dont il
s'agit par ses exemples types:
"Ainsi ce qu'on gagna dans la réforme, en rejetant le pape ecclésiastique successeur de saint Pierre, fut de se donner un pape laïque, et de mettre
entre les mains des magistrats l'autorité des apôtres, BOUSSUET, Var. V, § 8".
"Nous sommes [Diderot et moi] des missionnaires laïques qui prêchons le culte de sainte Catherine, VOLTAIRE, Lettre Catherine II, 1er mars 1773".
Bien que le mot laïque soit définit dans le même supplément du Littré comme
"LAÏQUE
(la-i-k') adj.
1°Qui n'est ni ecclésiastique ni religieux."
Tous les exemples étant contraires et circonscrives le coté
religieux du mot laïque.
Le mot laïcité se trouvant bel et bien déjà dans le supplément du Littré qui précise, le mot n'étant donc pas du tout
nouveau comme l'affirme Ferdinand Buisson :
"LAÏCITÉ
(entrée créée par le supplément)
(la-i-si-té) s. f.
Caractère laïque. Au sujet de l'enseignement
laïque,... le Conseil [général de la Seine] a procédé au vote sur la proposition de la laïcité, qui a été repoussée, la Patrie, 11 nov. 1871."
Protestant libéral, Ferdinand Buisson n'était pas moins protestant, et savait très bien ce qu'il disposait de la sorte comme aujourd'hui Jean Baubérot, tout aussi protestant, ainsi que bien d'autres plus clairement jésuitiques.
Il y a d'autres usages plus clair du mot laïcité ou laïque et toujours actuels, ainsi avec les fraternités laïques franciscaines dont les soeurs clarisses.
Le Dictionnaire historique de l'orthographe française donne la forme "laïque" pour l'adjectif dès 1549.
Une telle origine est
pour le moins source de toutes les confusions, puisque en toute rigueur la Loi de séparation de 1905 ne peut être qualifiée de Loi laïque, puisqu'il s'agit précisément d'une séparation avec tout
le domaine religieux, y compris ce qui ne sont pas membres du clergé.
Par séparation, il s'agit d'autre chose, et même tout simplement du contraire, à propos de laquelle il n'est certes pas possible d'oublier qu'elle est due à Aristide Briand dans ses
positions libertaires, le coté laïque au sens religieux, dans les articles suivants de la loi de 1905 dont sur les aumoneries, revenant sans doute en premier lieu à Jean Jaurès.
Emile Loubet, Président de la IIIème République en 1905, en est du reste certainement le premier auteur d'en être le premier signataire, Emile Loubet qui était de l'Alliance
démocratique, et non pas membre du parti radical et radical socialiste, premier signataire dont personne ne parle, de la loi de 1905, le silence radio de l'histoire de la Séparation à
son sujet étant là tout aussi total.
Les confusions générées par la seule force du mot laïcité sont des plus connues consistant à vouloir
régulièrement adjectiver le mot laïcité de façon différente (ouverte, positive, etc.), ce qui est un faux débat, puisque déjà le mot laïcité est déjà en lui-même, intrinsèquement
et étymologiquement connoté religieusement.
Il est alors loisible de vouloir différencier laïque avec un q, qui en serait le sens républicain démocratique, de laïc avec un c relativement à son sens
religieux, ce qui revient au même que de vouloir argumenter comme Henri Pena-Ruiz pour vouloir donner aux mots laïcité et laïque un sens qu'ils n'ont étymologiquement pas du
tout, en emboitant par là-même le pas dans le tour de passe-passe de Ferdinand Buisson.
Il est tout autant possible de définir tout aussi hypocritement la laïcité comme anticléricale mais non antireligieuse, si ce n'est que l'acceptation potentielle du religieux ne va
jamais sans cléricalisme, implicite, de prime abord.
Par laïcité, il s'agit bien du peuple en tant qu'il est relatif à la religion, concernant les laïques, et non séparé du religieux, comme l'a établit, par l'étymologie grec identique des mots
laïcité et laïque, l'ancien Grand Maître du Grand Orient de France, l'historien Jean-Robert Ragache : Laos, à la différence de Démos (cf. démocratie) et d'Ethnos (cf. ethnologie):
http://sog1.free.fr/Articles/ArtRagache205Laicite.htm
Il est alors loisible de se demander ce que signifie le redoublement du mot Peuple dans le préambule de
la constitution de la Vème République affirmant "la République est indivisible, démocratique, laïque et sociale", si démocratie et laïcité ont la même racine grecque qui
signifie Peuple, sans compter sociale qui signifie la même chose : s'agirait-il d'une négation implicite du caractère démocratique de la société par des cléricalismes
?
Personnellement laïque ou
partisan de la laïcité, non merci, séparatiste certainement, les termes laïque et séparation étant antinomiques; tout autant que je suis praticien de l'examen libre au sens de
Condorcet, mais surement pas pratiquant du libre examen, quand bien même s'agirait-il d'être
pratiquant non croyant ...
© Pierre SARLAT