Le logo du Centre d'Action Laïque (Belgique)
Plan
1. Introduction
2. L'exemple belge
3. Le libre examen philosophique
4. Le libre examen théologique
5. Catholicismes
6. Le libre examen et la franc-maçonnerie
7. Le libre examen et l'examen
libre
8. Autres citations
9. Liens
10. Vidéo
1.Introduction
La notion de libre
examen est définie par le dictionnaire Le Littré au
XIXème siècle comme "Terme de philosophie. Le libre examen, le droit naturel de n'accepter comme vrai que
ce qu'admet la raison ou l'expérience ; et, plus particulièrement, indépendance d'opinion qui fait repousser le joug de l'autorité en matière de foi et examiner les dogmes traditionnels d'après
sa propre raison. Un homme d'examen. Esprit d'examen".
La notion de libre examen est cependant problématique dans la mesure ou elle est définie par les deux seuls mots "voir protestantisme" dans le Dictionnaire de Théologie Catholique en 15 tomes et 33 volumes (Abbé Vacant, éditions Letouzey et Ané, 1923-1950).
La notion elle-même est ainsi utilisée sans autre origine historique précise, dans deux domaines distincts, l'un rationnel au sens philosophique ou scientifique, l'autre religieux dans le protestantisme libéral.
Par contre ,au XVIIIème siècle on trouve chez le philosophe Condorcet la notion d'examen libre qui, elle, n'a pas été reprise par le protestantisme libéral.
C'est particulièrement l'Université Libre de Bruxelles, université privée en Belgique, qui a repris au XIXème siècle par la franc-maçonnerie la notion de libre examen, puis au XXème siécle le Centre d'Action Laïque belge, créé en 1969 suite au fait qu'il n'y eut d'office que des enterrements religieux après l'incendie du magasin l'Innovation à Bruxelles, incendie qui fit 300 morts.
La notion de libre examen composée des termes libre et examen signifierait le primat de la liberté sur l'examen, c'est à dire de considérer sans obstacle et attentivement avec réflexion un objet sans qu'il en soit donné préalablement la vérité.
Le libre examen serait donc contraire au jugement préalable, c'est-à-dire au préjugé, à l'argument d'autorité et au dogme, voire à la croyance, alors qu'il s'agit d'une notion comprenant une présupposition religieuse protestante.
Le libre examen entretiendrait aussi des relations étroites avec les notions de libre arbitre et de liberté de conscience, et surtout de lucidité.
L'apocope librex est régulièrement employée en Belgique à la place du terme libre examen.
L'examen libre, expression donnée par Condorcet, est cependant l'appellation proprement philosophique, non connotée religieusement, la notion de libre examen pouvant préter à confusion.
Le libre examen pourrait en effet se comprendre dans le conflit religieux entre protestants, soit d'une part les partisans remonstrants de Jacobus Arminius, et d'autre part les gomaristes (des calvinistes), ce qui mena à une guerre civile très sanglante en 1617 durant la Trêve de douze ans.
2. L'exemple belge
Le libre examen en tant que principe et ou comme méthode est explicitement affirmé en Belgique où il est pratiqué dans le sens de l'engagement laïque.
Cette originalité du libre examen compris aussi comme laïcité philosophique, disctincte de la laïcité politique, cette dernière étant la séparation des Eglises et de l'Etat, ne trouve pas d'équivalent dans un autre pays d'Europe ou dans le monde, ce dont l'origine historique remonte sans doute à la Fraternité remonstrante contre la Confessio Belgica, la notion de libre examen ayant au départ une connotation religieuse.
En France, au XXe siècle, la notion de libre examen n'est pas développée en tant que telle et reste méconnue, y compris au sein des associations laïques. Les catalogues de la Bibliothèque nationale de France en attestent notamment.
Le libre examen constitue la référence principale du premier article des statuts de l'Université libre de Bruxelles :
"L'Université Libre de Bruxelles fonde l'enseignement et la recherche sur le principe du libre examen. Celui-ci postule, en toute matière, le rejet de l'argument d'autorité et l'indépendance de jugement".
En Belgique francophone, soit pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'université publique d'Etat est cependant l'Université de Liège, une université dont le maître mot est le pluralisme, et en son sein se trouve Le polygone du libre examen, une façon de dire que le libre examen a plusieurs cotés, alors qu'a l'Université libre de Bruxelles, université privée, se trouve Le cercle du libre examen pour qui le libre examen semble tourner rond.
L'Université libre de Bruxelles étant réputée d'origine maçonnique, il est par là possible d'interroger le rapport entre le libre examen entendu comme principe et les idées de "La Tulip - Histoire du Rite du Mot de maçon", ouvrage de référence en maçonnologie de Patrick Négrier qui développe l'idée de l'origine calviniste en Ecosse de la franc-maçonnerie, cette organisation s'étant cependant répandue à partir de l'Angleterre qui n'était pas calviniste, la TULIP étant les cinq points du calvinisme.
Aucun campus Luther ou Calvin ne se trouve cependant à L'Université Libre de Bruxelles, mais un campus Erasme.
Le libre examen est aussi central pour la laïcité organisée en Belgique, ainsi le Centre d'action laïque, considère que le libre examen constitue une "valeur laïque par excellence" et qu’il adopte "le libre examen comme méthode de pensée et d'action", ou plus exhaustivement :
" Valeur laïque par excellence, le libre examen implique non seulement l’affirmation d’un droit, celui de l’absolue liberté de conscience, mais surtout l’affirmation d’un devoir : celui de ne reconnaître aucun dogme et de procéder avec esprit critique à la mise en question des idées reçues, toutes les idées reçues, y compris celles ancrées en soi, les plus pernicieuses, celles de la bonne conscience et du préjugé".
En 2005, le centre d'action laïque a intitulé sa convention annuelle "Construisons l'école du libre examen" avec pour enjeu "découvrir l'éthique sous l'étiquette".
Selon son acception en Belgique, le libre examen implique le rejet de l’argument d'autorité en toute matière, la mise en question permanente des idées, la réflexion critique, la recherche active de l’émancipation de l’être humain à l’égard de toutes formes de conditionnement, d’assujettissement et de discrimination. Le principe du libre examen implique également le non-conformisme et la critique des valeurs reçues.
Mais la mise en question
des valeurs ne s’identifie pas à leur rejet automatique. Les "libres exaministes" recherchent précisément les valeurs fondamentales qui résistent à la critique et sortent renforcées de la
critique dont elles sont l’objet.
3. L'examen libre philosophique
En philosophie, l'esprit d'examen se nomme aussi esprit critique.
La pratique de l'esprit d'examen remonte à l'origine de la philosophie dans la Grèce antique, avec particulièrement Socrate qui opposait à ceux qui prétendaient savoir une sagesse (les sophistes) : " je sais que je ne sais rien", ironie qui menait à la maïeutique, dont rend compte Platon dans ses dialogues socratiques.
L'esprit d'examen a connu ces derniers siècles diverses expressions comme l'humanisme de la Renaissance avec, entre autres, Rabelais, Montaigne et Pierre Charron, le rationalisme au XVIIe siècle avec notamment Francis Bacon, Descartes, et surtout Spinoza avec son Traité théologico-politique sur la liberté de philosopher sans la tutelle de la théologie, le développement scientifique, le libre examen théologique, l'examen positiviste également au XIXe siècle, et le libre examen de l'engagement comme actuellement en Belgique.
L'attitude philosophique du libre examen, sous l'appellation de l'examen libre, c'est-à-dire non connoté religieusement, a été énoncée littéralement par Condorcet en 1791, philosophe du Siècle des Lumières, dans son Premier mémoire sur l'instruction publique, intitulé "l'éducation publique doit se borner à l'instruction", troisième raison : "Parce qu'une éducation publique deviendrait contraire à l'indépendance des opinions". Ainsi :
"la vérité seule peut être la base d'une prospérité durable, et que les lumières croissant sans cesse ne permettent plus à l'erreur de se flatter d'un empire éternel, le but de l'éducation ne peut plus être de consacrer les opinions établies, mais, au contraire, de les soumettre à l'examen libre de générations successives, toujours de plus en plus éclairées".
Kant affirme en un sens plus individuel dans son opuscule de 1784 Qu'est-ce que les Lumières ?: "Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières".
L'expérience de Milgram au XXe siècle constitue la démonstration concrète la plus significative des conséquences possibles de l'argument d'autorité contraires à l'exercice du libre examen.
Vidéo du CAL sur l'expérience de Milgram:
http://www.vraiment.eu/index4.php?movie=3_milgramLIGHTok.flv
4. Le libre examen théologique
La pensée libre caractérise davantage le libre examen que la libre-pensée qui considère a priori les religions comme les pires obstacles à l'émancipation de la pensée en ignorant, essentiellement depuis la mouvance trotskiste, le libéralisme théologique dont Victor Hugo fut pourtant un grand défenseur.
La philosophie moderne s'est développé sur un terreau libéral en théologie avec les grands auteurs comme Kant, auteur de la religion dans les limites de la simple raison, Fichte, Hegel, Kierkegaard, et d'autres tous également d'origine protestante, bien que philosophes, ce qui est tout à fait distinct.
Le Dictionnaire de Théologie Catholique en 15 tomes et 33 volumes (Abbé Vacant, éditions Letouzey et Ané, 1923-1950) comporte un article pour libre examen avec seulement deux mots : "voir protestantisme", ce qui est tout aussi concis que sans ambiguité.
Cette position qui renvoie à la crise moderniste. En ce sens, l'encyclique de 1893 Providentissimus Deus du Pape Léon XIII se positionne sur l'Étude des Saintes Écritures contre le libéralisme, le rationalisme et la critique radicale, tout en affirmant qu'elles doivent être correctement interprétées.
La formule de libre examen ne se trouve pas sous la plume des Réformateurs du XVIe siècle, à commencer par Luther, auteur notamment d'un traité du Serf arbitre (1525) en réponse au traité du Libre arbitre (1524) d'Erasme, deux ouvrages à l'origine d'une longue polémique. Le libre examen ne se trouve pas davantage sous la plume de Calvin, théologien du protestantisme plus strict que Luther.
En revanche, le droit de l'examen (Prüfung) est fermement et à plusieurs reprises affirmé par Luther et par Calvin, on pourrait dire en accord avec la Bible où il est écrit : "Examinez (éprouvez) tout et gardez ce qui est bon" ( I Thessaloniciens 5:21), ou encore "L'homme spirituel juge de tout et n'est jugé par personne" (I Corinthiens 2:15).
C'est l'affirmation par la Réforme protestante de l'autorité de la Bible ou principe de l'Ecriture seule (sola scriptura) qui doit être éclairée par le Saint-Esprit, corrélative de la foi seule ou sola fide, et du sacerdoce universel.
Le libre examen est également ignoré sur le site internet de la Fédération Protestante de France des Cent fiches de synthèse sur le protestantisme lorsqu'elles existaient qui en présentaient thématiquement ou alphabétiquement les notions les plus importantes. La notion de libre examen est ignorée du site de la Fédération Protestante de France, ou des Fédération similaires d'autres pays, de même que ne serait-ce que la notion d'examen.
C'est le protestantisme libéral à partir du XIXe siècle qui énonce plus explicitement le libre examen avec, par exemple, le pasteur Samuel Vincent qui écrit en 1829: "le fond du protestantisme, c'est l'Evangile ; sa forme, c'est la liberté d'examen" (Vues sur le protestantisme en France, Nîmes).
Cette propension qui peut mener à la critique radicale de la Bible et à l'incroyance, voire se ramener à la libre-pensée, va être contestée ensuite par le fondamentalisme protestant.
Ce fondamentalisme de 1895 envers le libéralisme protestant n'est pas sans rappeler le précédent historique du synode de Dordrecht en 1618-1619 contre la Fraternité remonstrante et l'arminianisme liés au théologien néerlandais Jacobus Arminius qui était favorable au libre examen.
L'Encyclopédie du protestantisme (Cerf / Labor et Fides, 1995) consacre un article au libre examen en rappelant l'article 4 de la Confession de la Rochelle où les protestants regardent la seule Ecriture comme règle de foi "non pas tant par le commun accord et le consentement de l'Eglise que par la persuasion intérieure du Saint-Esprit", et que dès lors il n'est pas possible aux protestants de refuser le libre accès à la Bible.
Laurent Gagnebin, théologien protestant, directeur de la rédaction du mensuel Evangile et liberté, conclut cependant son article intitulé À propos du «libre examen» paru dans la revue "Positions Luthériennes" (n° 3, 1981, pp 207-220) :
"Entre les risques de
l'autorité aboutissant aux excès de l'infaillibilité ecclésiastique ou pontificale, et ceux de la liberté aboutissant aux privilèges de l'examen, voire du libre examen, choisissons avec tout le
protestantisme, les risques de la liberté qui, tous comptes faits, ont fait moins de mal à l'Église et ont fait couler moins de sang que ceux de l'autorité".
Suite dans Le libre examen (2ème
partie)
© Pierre
SARLAT







